Laïcité : un peu d’histoire et de géographie

Contrairement à une idée reçue, la laïcité n’est ni une invention ni une spécificité française. Rapide tour d'horizon, à l'occasion de la journée de la laïcité, de la séparation des Églises et de l'État à travers le monde.

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Quand une population manifeste de l’indifférence à l’égard de la religion, le terme qui rend compte de cette situation est le caractère séculier de la société. La promotion de la liberté de conscience, individuelle comme collective, et l’appel au respect du principe de non-discrimination pour raison religieuse ou philosophique relèvent ainsi d’un mouvement de sécularisation.

Quand les institutions d’un État sont indépendantes de toute règle de nature religieuse, spirituelle ou théologique, d’une part, et lorsque s’installe la dissociation progressive de la citoyenneté et de l’appartenance religieuse, d’autre part, on parle d’un mouvement de laïcisation.

Il est donc possible que les personnes soient indifférentes à la religion (sécularisation) sans qu’un pays soit laïque (théocratie, par exemple) de même que, inversement, l’attachement de certains à une religion n’est pas incompatible avec un État laïque.

Si la laïcité se mesure à la neutralité de l’État, à l’indépendance des instances politiques vis-à-vis des institutions et des normes religieuses, à la liberté de conscience égale pour tous, à l’égalité civile de tous les individus indépendamment de leur ancrage religieux, alors de nombreux cas se présentent dans le monde.

Contrairement à une idée reçue, la laïcité n’est ni une invention ni une spécificité française. Ses prémisses se trouvent chez les philosophes grecs (Épicure, Marc Aurèle), chez les penseurs du siècle des Lumières (John Locke, Denis Diderot, Voltaire), chez les pères fondateurs des États-Unis (James Madison, John Adams, Thomas Jefferson, Thomas Paine) et chez les promoteurs de la loi de 1905 en France, notamment Jules Ferry.

Aux États-Unis, la religion est séparée de l’État par la constitution de 1787 et son premier amendement de 1791. C’est aussi la première constitution à garantir la non-ingérence de l’État dans les religions et la liberté de culte. Bien que dans la pratique politique la référence à Dieu soit quasi omniprésente (serment sur la Bible, In God we trust…), aucun des textes fondateurs de la République américaine (la constitution et la Déclaration des Droits – les dix premiers amendements) ne fait référence à Dieu ou à la Providence. Cette dualité peut se comprendre par le souci des Américains de s’affranchir des persécutions religieuses subies par ceux qui quittèrent l’Europe pour fonder un nouveau monde. C’est un peu le contraire de la France : subissant le poids du religieux durant au moins 1 500 ans, la perception française tend à rejeter systématiquement toute référence à la religion au sein de la société.

D’autres pays ont adopté le double principe de la séparation entre les Églises et l’État et de la liberté religieuse, comme l’Allemagne (depuis 1920), l’Inde (depuis 1950), le Japon (depuis 1946) le Mexique (depuis 1863), la Russie (depuis 1990), même si certains entretiennent une ambiguïté entre la déclaration constitutionnelle et les pratiques gouvernementales comme la Turquie (constitution laïque de 1937) ou la Chine (constitution laïque de 1982).

Un modèle répandu est celui des pays à religion d’État (Danemark, le Royaume-Uni, Grèce…), lequel connaît une évolution vers la laïcité, ou est aménagé pour garantir les mêmes droits civils et politiques aux citoyens qui relèvent d’autres Églises présentes sur le territoire.

Une autre organisation se généralise aujourd’hui dans les pays qui n’ont pas établi de séparation stricte entre les Églises et l’État : elle prévoit des accords de collaboration et d’entente entre l’État, neutre, et certaines communautés religieuses, reconnues d’intérêt public (ou traditionnelles). Ces communautés sont alors enregistrées par l’État (Russie, Slovaquie, Pologne, Canada, Italie, Espagne, Singapour…). En contrepartie de leur reconnaissance et de leur besoin de subventionnement partiel par l’État, les communautés religieuses s’engagent à respecter une certaine transparence et à pratiquer la démocratie interne.

La laïcité est enfin rejetée par de nombreux pays, notamment dans le monde arabe. Sauf en Tunisie (depuis la révolution de 2010), les différentes religions ne sont pas traitées sur un pied d’égalité. L’islam est souvent la religion exclusive de l’État. Les autres cultes ne bénéficient que d’un statut de protection et se trouvent maintenus dans une situation légale inférieure. Les citoyens ne jouissent pas de la liberté de changer ou d’abandonner leur religion.

François Rachline, écrivain, universitaire

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